En France, le travail tue, chaque jour. En moyenne, trois personnes perdent la vie en raison de leur activité professionnelle. En 2024, 1 297 décès ont été recensés, un bilan qui ne cesse de s’alourdir, notamment chez les jeunes, les femmes et les nouveaux embauchés.
Malgré les alertes répétées des syndicats et les plans gouvernementaux, les accidents sont là : manque de formation, précarité, pression temporelle… Les accidents mortels et les maladies professionnelles révèlent une crise profonde, dont le coût humain et économique est insupportable. Pourquoi le travail continue-t-il de tuer ? Et comment protéger ceux qui en sont les premières victimes ?
Un bilan humain insupportable
Chaque année, des centaines de familles sont brisées par la disparition d’un proche, souvent dans des circonstances évitables. Des chiffres qui reflètent la défaillance de notre système de prévention. Plus d’un décès sur cinq survient dans l’année suivant l’embauche, et les jeunes de moins de 25 ans paient un lourd tribut : entre 2019 et 2022, les accidents mortels chez les 15-25 ans ont bondi de 29 %. Un constat d’autant plus alarmant que les stages et contrats d’alternance, en plein essor, exposent des mineurs ou des jeunes adultes à des risques qu’ils ne maîtrisent pas.
En juin 2025, un lycéen de seconde perdait la vie lors d’un stage dans un magasin de la Manche : un rappel tragique des lacunes de l’encadrement. Les femmes, quant à elles, voient leur nombre d’accidents augmenter de 26 % depuis 2001 ; or, les Documents uniques d’évaluation des risques professionnels (DUERP) ne prennent pas suffisamment en compte les spécificités de genre.
📊 Accidents mortels au travail en 2024
| Catégorie | Chiffres clés (2024) |
|---|---|
| Décès liés au travail | 1 297 (dont 764 accidents du travail) |
| Décès dans l’année d’embauche | Plus de 20 % des cas |
| Jeunes de moins de 25 ans | Plus de la moitié des décès en 1re année |
| Accidents impliquant des femmes | +26 % depuis 2001 |
| Maladies professionnelles | +6,7 % (TMS, amiante, santé mentale) |
Des plans de prévention, mais des résultats mitigés
Face à cette hécatombe, le gouvernement a multiplié les initiatives. Le 4e Plan santé au travail (PST4) et le Plan pour la prévention des accidents du travail graves et mortels (PATGM) ciblent les populations les plus vulnérables : jeunes, intérimaires, travailleurs détachés. Une équipe d’analyse des accidents du travail (EAAT) a été créée pour identifier les causes récurrentes et proposer des mesures correctives. Des campagnes de sensibilisation, des partenariats sectoriels et un renforcement des contrôles de l’inspection du travail ont également été mis en place.
« La France reste le deuxième pays européen en nombre d’accidents mortels », reconnaît le ministère du Travail, qui pointe du doigt les difficultés de comparaison avec ses voisins, certains ne comptabilisant pas les malaises mortels survenus au travail. Une spécificité française qui, si elle reflète une transparence statistique, ne doit pas servir d’alibi à l’inaction.
Les syndicats et politiques réclament des moyens plus ambitieux.
Les travailleurs précaires, les oubliés de la prévention
Les travailleurs précaires, eux aussi, paient un lourd tribut. Intérimaires, saisonniers : ces publics, souvent peu informés de leurs droits, cumulent les facteurs de risque.
Le rôle clé des CSE
Au sein des entreprises, les élus de CSE dénoncent un manque de temps et de moyens pour exercer pleinement leurs missions. Les inspecteurs du travail, eux aussi, sont en première ligne. Leur nombre a été renforcé (200 postes ouverts aux concours entre 2022 et 2024), mais leur charge de travail reste colossale. En 2024, 60 % de leurs interventions portaient sur la prévention des risques, un chiffre en hausse, mais insuffisant face à l’ampleur des besoins.
Et demain ?
Le 5e Plan santé au travail, en préparation, promet de nouvelles orientations. Parmi les pistes : un renforcement des sanctions contre les employeurs négligents, une meilleure coordination entre justice et inspection du travail, et une implication accrue des branches professionnelles. En France, parviendra-t-on, enfin, à faire du travail un lieu de sécurité et d’épanouissement ? À quand une réponse à la hauteur ?


