L’intelligence artificielle ne se contente plus de répondre aux salariés. Avec l’IA agentique, elle peut désormais consulter des documents, utiliser une messagerie, mettre à jour un outil métier ou déclencher une action.
Cette évolution promet des gains de temps. Mais elle transforme aussi la circulation des données, les responsabilités et l’organisation du travail.
Un assistant qui agit à la place du salarié
Une IA agentique reçoit un objectif, choisit les étapes nécessaires puis mobilise plusieurs applications pour l’atteindre.
Dans l’entreprise, elle peut rechercher une information, préparer un courriel, modifier un fichier ou alimenter une base de données.
Pour fonctionner, elle doit accéder à l’environnement numérique du salarié : messagerie, agenda, documents, espaces collaboratifs ou outils métiers.
Plus l’agent est autonome et personnalisé, plus il a besoin de données.
Le paradoxe de la personnalisation
Certains agents disposent d’une mémoire persistante. Ils conservent des informations entre plusieurs utilisations afin de mieux comprendre les habitudes et les besoins de l’utilisateur.
Cette mémoire peut faciliter le travail. Mais elle permet aussi de construire un profil professionnel très précis.
Il devient alors difficile de savoir :
- quelles données ont été consultées ;
- où elles ont été conservées ;
- quels services les ont reçues ;
- comment obtenir leur rectification ou leur suppression.
Le Conseil de l’IA et du numérique souligne que la multiplication des agents, des mémoires et des services connectés rend ces flux particulièrement difficiles à suivre.
L’automatisation ne supprime pas le contrôle
L’IA agentique peut réduire certaines tâches. Elle crée cependant un nouveau travail de supervision.
Le salarié doit vérifier les résultats, corriger les erreurs et parfois rechercher l’origine d’une action qu’il n’a pas directement exécutée.
Une mauvaise interprétation peut conduire à l’envoi d’une information confidentielle, à la modification d’un document ou à la propagation d’une donnée erronée.
Le gain de temps annoncé peut donc s’accompagner d’une augmentation de la charge cognitive et du sentiment de responsabilité.
Un sujet de dialogue social
Pour les élus du CSE, la question n’est pas seulement de savoir si l’outil respecte le RGPD.
Il faut aussi examiner ses effets sur :
- l’autonomie des salariés ;
- les méthodes de travail ;
- les objectifs de productivité ;
- le contrôle de l’activité ;
- la répartition des responsabilités ;
- les risques psychosociaux.
Lorsque son déploiement modifie l’organisation ou les conditions de travail, l’IA agentique doit devenir un sujet de dialogue social et de consultation du CSE.
Les élus doivent notamment connaître les données accessibles, les actions automatisées, les validations humaines prévues et les moyens permettant d’interrompre le système.
Pour approfondir les conséquences de l’IA agentique sur les données des salariés et les conditions de travail, consultez l’analyse complète de DevEx Consulting : IA agentique : qui contrôle encore le travail ?


